lundi 16 février 2009

Part II - 2.

Il est là. Il l’a ramasse. Doucement. Comme on ramasse un oiseau mort. Il la dépose au creux du lit. Son corps se contracte pour ne pas bouger, ses yeux luttent pour ne pas s’ouvrir. Elle ne veut pas avoir à le regarder. Pas encore. Il a compris. Se déshabille lentement du côté de son lit et s’allonge. Il garde les yeux ouverts. Il ne veut pas mentir dans le sommeil.

Elle chuchote. Il comprend. Il acquiesce. Silence. Elle n’a plus de mot. Elle n’ouvre toujours pas les yeux. Dos à lui. Elle ne sait pas comment faire. Chaque mot qu’elle dira, elle veut le sentir et le peser en elle comme un lourd fardeau. Elle sait que c’est à elle de décider. Même si elle n’a rien demander. De son corps lasse et inerte, elle lutte contre ce choix qu’elle n’a pas commandé, désirer, qui s’impose à elle par la faute de l’Autre. Elle refuse. Elle ne peut pas.

« Je ne veux pas crier. Je serre les dents, plante mes crocs dans le silence, acharnée à ne pas lâcher. »

mercredi 11 février 2009

Part II - 1.

Elle fume. Seule. A peine habillée. Comme sortie du lit en pleine nuit, les doigts grignotant le bord de la table. Assise au bord du fauteuil, tassée dans son corps comme si elle n’osait plus penser.

Elle voudrait se lever, ignorer le temps qui passe et inexorablement lui annonce le glas d’une rupture. Sa fin du monde à elle. Trouver la force de bouger. Elle se lève. Va vers la grande fenêtre, celle par laquelle le soleil entre le matin. Quand arrivera-t-il ? Il n’y a personne, que le silence. Elle voudrait hurler pour rompre cette absence, se saisir des meubles et les jeter les uns sur les autres, exploser de ses cris les murs où s’enferme sa détresse.

Mais elle ne bouge pas.

Viendra-t-il ?

Elle ne pourra pas ignorer. Elle sait. Et c’est cette certitude sans équivoque qui lui tiraille l’intestin et l’empêche de continuer à bouger.

Une nouvelle cigarette. Pour s’occuper. Le temps d’un instant concentrer sa pensée sur la flamme qui vient brûler. Elle voudrait tant pouvoir se faire du mal. Mais elle attend. Pour entendre.

« Tant que le jour ne se levait pas, tu pouvais encore revenir. Maintenant, il est là, et tu n’es pas rentré. Je ne peux pas l’ignorer. »

Elle s’est endormie. Se tassant sur le sol pour y puiser une force qui ne s’y trouve plus, les poings plantés dans son bas-ventre comme pour empêcher un hurlement d’en sortir. Elle ne s’est pas détruite. Juste endormie, épuisée.

mardi 10 février 2009

Part I - 9.

Plus calme, un peu comme après la course. Pour longtemps, comme si c’était simple. Demain viendra le temps des assassins mais je n’en ferais plus partie. Il sera trop tard.

Il n’est plus libre le petit cheval noir, en proie à la douceur de son regard.

Alors je lui dis. J’ai regretté l’averse. J’ai regretté le temps. Je suis là désormais à compter les jours qu’ils me restent comme s’ils étaient déjà perdus. Quand deviendrons-nous amants ?

J’ai mal débuté, trop tôt. Ils ne savaient même pas m’appeler. Comme une symphonie peut-être ? Un boléro ? Alors j’ai été dans le débordement. Un petit être accroché à tous les barreaux de chaises, à ne jamais vouloir quitter.

Jusqu’au grand Non : celui de ma vie, celui de mes feuilles, celui de ma nuit peut-être. Ils se sont déchirés pour le propre sang. Je préfère oublier que la haine est le prix de la vie. Plus rien désormais ne s’oublie.

Tu es là, encore, à m’attendre. Et je viens. Seule cette fois. Je n’ai plus rien. Alors regardes-moi comme ça. Nue et lavée pour la première fois. Regardes : le vide s’étend devant moi. Et pour la première fois, je n’ai plus peur de m’y étendre. Même soulagée qu’il existe. Enfin.

On va où ? Peut-être ne viendrons-nous pas …

lundi 9 février 2009

Part I - 8.

LUI : Comme ça, tout simplement.

ELLE : Je vois.

LUI : Non.

jeudi 5 février 2009

Part I - 7.

ELLE : Est-ce qu’il faut être dans le calme pour dire vrai ? Est-ce que le vrai a besoin de silence ? Est-ce que les cris l’enfonce, le défigure, le terrifie au point qu’il ment ?

Je suis si simple, si tu savais… Et puis même là, dans le calme, je finirais par mentir. Délit de culpabilité je crois. Je n’y arriverai certainement pas.

mercredi 4 février 2009

Part I - 6.

ELLE : Tu es là ?

LUI : Comme toujours. Je t’attends.

ELLE : Je ne viendrai pas.

LUI : Je sais.

ELLE : Pas encore.

samedi 31 janvier 2009

Part I - 5.

ELLE : Je devrais lui dire. Tout ça. Mais est-ce que ça se dit ? Ça … Et d’abord tout quoi ? Je ne veux pas que ce tout soit seulement un tout. Je veux avoir le droit de décision, avoir ma part active dans cette histoire – mon fil à tordre, à penser. Je veux avoir la possibilité des regrets. C’est comme un jeu, finalement. Quelqu’un a défini les rôles – père, mère, fille, sœur – et puis on voit.

Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à dire ?

Alors il y aurait quoi à dire ?

LUI : Toi. Juste te dire toi.

ELLE : C’est vrai.